Le phénomène Black Panther et la représentation noire

Écrit par K et Tressy –

 

Black Panther est LE film de ce début d’année, et cela n’a échappé à personne. Ce héros Marvel que nous avons découvert en 2016 dans Civil War fait son grand retour.

Avant de nous gracier de sa présence dans nos salles de cinéma, le roi de Wakanda a fait sa première apparition en 1966 dans le comic Fantastic Four. Le nom qui lui est attribué précède la dénomination du fameux parti noir américain de quelques mois et son origine serait vraisemblablement inspirée des Black Panthers qui était un bataillon de soldats noirs américains lors de la seconde Guerre Mondiale.

Bien qu’il ne soit pas le premier héros noir des comics à avoir eu un film, c’est le premier héros noir Africain à porter une franchise. Malgré son titre de « roi de la jungle », ce qui aujourd’hui est très limite (n’oublions pas H&M hein), il fait tout de même figure de royauté sur le sol Africain et il rivalise plus que facilement avec les plus grands héros Marvel.

En tant que héros noir Marvel, il vient succéder à Blade sur le grand écran à l’instar d’un Captain America qui incarne un protecteur dévoué à sa patrie, sans face cachée ou étiquette d’anti-héros comme un Hancock. Black Panther œuvre pour la justice et il est admiré par les siens et c’est ce qui est exploré dans ce film d’ouverture à ce pays inédit.

 

UN HÉROS ATTENDU

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Crédit : ScreenCrush

On peut dire que ce héros était attendu. Il nous fait sortir de la routine culturelle hollywoodienne, de son centrisme américain blanc et le public ne semble pas avoir bronché. Preuve à l’appui, les préventes de billets pour le film qui ont établi un nouveau record avec le plus de places vendues en moins de 24 heures pour un film Marvel. Il se place aujourd’hui à la 4ème place des plus grosses préventes de tous les temps derrière les 3 derniers films de la franchise Star Wars selon le site Fandango.

On peut donc retenir qu’en cette période charnière de libération de la parole, le besoin d’équilibrage et de justesse de la représentation se fait entendre. À l’instar d’un Wonder Woman, qui fut un énorme succès commercial et critique, on note ici l’appréciation du « pari gagnant » sur le choix de mettre des minorités ou des voix moins entendues sur le devant de la scène. Mais ces films sont bien plus que cela, ce ne sont pas que des cartes postales de diversité mais des histoires racontées d’un point de vue autre. Black Panther n’est pas le héros de la diversité mais celui qui nous fait changer de perspective, car même si c’est un pays fictif on met dans ce film l’Afrique dans le décor de sa prospérité, plutôt que dans sa misère qu’on regarde avec pitié habituellement. C’est un vent d’air frais.

Ce film est aussi très important pour son sous-texte et ce qu’il inspire. Les figures fictives telles que les super héros sont comme des modèles, des personnes desquelles on aspire à suivre les pas. Cependant, les images projetées des noirs dans la société actuelle sont plus souvent celles du délinquant, ou des images stéréotypées, une manière de montrer que les noirs sont toujours, quelque part, étrangers à cette société. Donc même si parfois les noirs sont mis sous une bonne lumière, on a toujours ce sentiment d’être à part et qu’une adaptation est nécessaire.

On peut s’inspirer de nombreuses figures noires, mais lorsque l’on est enfant, il est difficile de connaître ces personnages complexes qui ne sont jamais ni totalement bon ou mauvais. C’est là que la figure fictive intervient, car ce personnage est créé fondamentalement bon et dans la recherche du droit chemin malgré des luttes internes. Les super-héros blancs sont aussi des sources d´inspiration, bien évidemment, mais comme je l’ai dit plus haut, les messages projetés des noirs dans la société rappellent qu’il y a toujours certaines attentes envers cette minorité et une certaine façon d’être vus par les autres. Mais avec ce héros on se dit que si quelqu’un l’a créé c’est qu’il croit que l’on peut aspirer à être comme lui et si des millions de personnes sont prêtes à voir ce film c’est aussi qu’elles croient en ce qu’il incarne.

Dans un constat plus personnel, j’ai trouvé ce film inspirant pour sa manière de dépeindre les relations hommes/femmes. Il a été très acclamé pour le fait d’avoir montré des femmes puissantes, mais pour moi cela va un petit peu plus loin. Dans une démarche égalitariste, on a vu dans ce film que la considération de chacun, selon son rôle, est assez belle, avec une réelle reconnaissance des valeurs mais aussi des erreurs des uns et des autres. T’Challa en tant que roi, donc la plus puissante autorité, est entouré de femmes fortes devant lesquelles il n’a pas peur de montrer ses faiblesses, ses peurs et ses remises en question (même devant son ex, et c’est pas rien). Les femmes de Wakanda n’ont pas peur de s’affirmer (même Shuri, du haut de ses 16 ans) et sans que cela soit quelque chose vu comme exceptionnel ou hors-norme pour qui que ce soit. La normalité de ces preuves de bravoure et de loyauté change des stéréotypes habituels.

 

AUJOURD’HUI QUEL IMPACT SUR LE CINÉMA

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Crédit : Tumblr

Comme je l’ai dit précédemment, ce film étant un succès, il peut remettre en question la représentation dans l’industrie du cinéma mainstream. On le remarque facilement, le cinéma d’aujourd’hui est assez homogène, plein de stéréotypes, et très souvent sexiste, discriminant sur âge, poids, et j’en passe. Black Panther n’est pas non plus le film qui va révolutionner le cinéma, mais il peut donner un sacré coup de pouce pour la justesse de la représentation. Peut-être verra-t-on des histoires culturelles différentes à Hollywood et une vision autre de tous ces endroits relégués au rang de carte postale de misère.

On peut aussi espérer un impact sur les castings. En parlant récemment avec une jeune comédienne française noire, j’ai appris qu’il y a une espèce de quota implicite lors des castings pour des films et des séries avec un minimum d’un noir par série requis (je ne suis même pas sûre que ce soit le cas partout, à en juger par ce qu’on peut voir sur nos écrans), et qu’en général le nombre ne monte pas plus haut sinon le programme serait jugé trop communautaire… Je n’ai pas moi-même vérifié, mais si c’était effectivement vrai, c’est assez triste vu le vivier de talent que l’on trouve dans la communauté noire. Un casting entièrement noir ou d’une autre minorité au centre d’un programme français pour bientôt ? J’en doute mais au moins plus de chances d’accès serait un bon début (non parce que j’aime beaucoup Omar Sy et Aissa Maiga mais je pense qu’il y a de la place pour d’autres aussi hein).

 

POINTS FORTS

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Crédit : ScreenCrush

Ce film a pas mal de points forts, premièrement, l’univers crée est très beau à voir. Deuxièmement, l’histoire bien que simple (rien de mieux qu’un bon vieux Le Roi Lion, ou Hamlet pour les férus de Shakespeare), fonctionne parfaitement avec des sujets abordés parfois difficiles à entendre, surtout aux US. Puis l’humour, pas trop forcé, réussit à chaque fois. Mais surtout, les personnages et le casting, qui pour moi, étaient parfaits, accompagnés de détails expliquant les raisons et le choix pour chacun :

  • T’Challa (Chadwick Boseman), qu’on avait découvert homme en colère assoiffé de vengeance dans Civil War, mais qui est ici un parfait roi qui fait preuve de sagesse et de remise en question
  • Okoye (Danai Gurira), un général loyal envers son pays en TOUTES circonstances et violente qu’en extrême nécessitée (une Danai plus badass que jamais)
  • Nakia (Lupita Nyong’o), une espionne avec un cœur grand ouvert sur l’extérieur
  • Shuri (Letitia Wright), le soleil et cerveau de ce royaume
  • Killmonger (Michael B. Jordan), un méchant qu’on on ne peut pas détester. J’ai beaucoup apprécié ce personnage car lorsqu’on comprend son histoire, on ne peut que compatir. Le film commence sur l’année 1992 à Oakland en Californie ce qui est évidemment une référence aux émeutes de Los Angeles de la même année. Ces émeutes étaient la réponse des noires américains à la suite de l’acquittement de quatre policiers dans l’affaire du meurtre de Rodney King, un jeune noir américain. Sans en dire trop, on peut dire que grandir dans de telles conditions est propice à la création de motivations radicales.
  • W’Kabi (Daniel Kaluuya), qui est résolu à protéger sa patrie par tous les moyens guidés par la même haine que Killmonger du fait de leur expérience passée similaire.

Mentions spéciales à Andy Serkis pour son excellent rôle en tant que Ulysses Klaue, un type loufoque vraiment intéressant à regarder, à Winston Duke pour nous avoir offert M’Baku, un personnage haut en couleur très sympathique qu’on a hâte de revoir dans Infinity War, et à la magnifique Angela Bassett qui est une reine dans tout son être.

 

POINTS FAIBLES

Les musiques présentes dans le film sont assez inégales alors que l’album, produit par Kendrick Lamar et TDE, est super. Il y a des moments où les sons sont justes incroyables (les sons trap quand Killmonger prend le pouvoir) et d’autres où, c’est clairement un peu trop (notamment les violons à la mort de Zuri, qui sont d’après moi, totalement décalé de l’univers). Mais ce n’est pas catastrophique. Néanmoins, j’aurais voulu retrouver plus de musiques de l’album incorporées dans le film. J’ai d’ailleurs apprécié pouvoir entendre Pray For Me, interprété par The Weeknd et Kendrick Lamar pendant la scène du casino en Corée du Sud.

Et j’ai lu beaucoup de reproches sur le manque de scènes d’actions, mais personnellement, je trouve que si l’on compare aux autres films Marvel qui installent leur franchise, ça se vaut.

 

EN CONCLUSION

Ce film n’était peut-être pas le meilleur Marvel, mais pour sa beauté et ce qu’il représente, pour ses personnages tous attachants (oui oui, tous), pour son casting plus qu’excellent, son sous-texte et son message fort, il est définitivement, pour moi, un des meilleurs films qui m’a le plus donné envie d’aller au cinéma.

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Crédit : Giphy

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tressykatana

Tressy Katana - Créatrice du blog TRESSYKATANA.COM qui traite de musique, rap, rnb, de phénomènes de société et de toute la culture urbaine.

9 réflexions au sujet de « Le phénomène Black Panther et la représentation noire »

      1. J’ai vu Black Panther puis j’ai aimé le film. Malheureusement, il n’y avait pas trop les chansons de la bande sonore mais sinon l’histoire est bien. 🙂

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